Tribune publiée par Rue89 Strasbourg.

La lecture de la presse dominicale (et article de Rue89 Strasbourg) est parfois pleine de surprises, même un samedi de canicule… On apprend ainsi, alors que les records de chaleurs sont sur le point d’être battus en Alsace et que les consignes de vigilance à destination des plus fragiles se multiplient, qu’une initiative pourtant rafraîchissante de quelques strasbourgeois aura suscité quasi instantanément l’opprobre de quelques uns.

De quoi s’agit-il ? De l’organisation spontanée, par le biais de réseaux sociaux, d’un pique-nique et d’une baignade sur le site de l’ancienne baignade municipale du Herrenwasser à la frontière des quartiers de la Gare et de la Montagne-Verte, lieu de trempette populaire très fréquenté il n’y a encore pas si longtemps que cela…

Que leur oppose-t-on ? Un argument d’autorité, pour l’essentiel : l’interdiction existant visiblement de longue date de la baignade « sur la totalité des canaux de la Ville » pour des raisons de santé et de sécurité publique… sans davantage de précisions.

Argument consolidé si il en était besoin par le rappel des investissements « colossaux » consacrés par la collectivité au plan piscine et plus étonnamment encore par le rappel de la proximité relative des lacs vosgiens pour les amateurs de baignades naturelles… et ce bien que tout le monde sache que l’usage de la voiture n’est pas franchement recommandé pour lutter contre les effets du réchauffement climatique…

Autant de bonnes raisons, en apparence, pour faire appel aux polices municipale et nationale et tenter d’empêcher cette initiative pourtant bon enfant… Lesdites polices, se trouvant fort dépourvues devant la volonté farouche d’une vingtaine de baigneurs de se réhydrater envers et contre tout, préféreront d’ailleurs en dernière analyse jeter l’éponge que de se jeter à l’eau… C’est heureux.

Cet épisode pourrait prêter à sourire s’il ne posait pas malgré tout de vraies questions auxquelles la collectivité se doit de répondre. L’argumentaire proposé n’emporte pas la conviction, loin s’en faut.

Passer du « plan piscines » au « plan baignades »

Les organisateurs ont indiqué qu’une vingtaine de personnes s’étaient baignées, malgré l’interdiction municipale. (Photo Pierre Ozenne, organisateur)

Certes, l’arrêté d’interdiction de baignade en date de 1955 (!) existe et aura été produit par la police municipale à la demande des organisateurs, mais il ne mentionne ni les risques sanitaires ni les risques de sécurité auxquels il est fait allusion plus haut.

Précisons que là où se situaient les bains du Herrenwasser l’eau est peu profonde, le courant relativement faible et les passages de bateaux à moteur peu fréquents. Rappelons également que l’eau qui coule à cet endroit n’est pas de « l’eau stagnante » mais bel et bien de l’eau courante puisqu’il s’agit de l’Ill et non pas d’un quelconque canal propice au bouillon de culture.

Mais là n’est pas l’essentiel. Les questions de santé publique et de sécurité sont à prendre au sérieux et les écologistes ne sont pas du genre à les écarter d’un revers de main.

Deux questions doivent en effet être posées au regard des arguments avancés :

  • La Ville effectue-t-elle de manière régulière des analyses de qualité de l’eau et les résultats de ces analyses sont ils publics et accessibles à tout citoyen voire simplement communiqués aux usagers des cours d’eau strasbourgeois, dont les quelques clubs sportifs pratiquant des activités nautiques au niveau du Herrenwasser ?
  • Plus encore, si le problème devait être récurrent, quelles mesures avons nous prises ou allons nous prendre pour restaurer la qualité de l’eau qui traverse Strasbourg, préserver la biodiversité aquatique de nos cours d’eau et rendre la trame bleue à sa vocation première ?

On se rappellera qu’au moment des premiers échanges sur le « plan piscine », les élus écologistes avaient plaidé en faveur d’un « plan baignade » incluant les gravières et les cours d’eau présents sur le territoire de la Communauté urbaine de Strasbourg. Et on ne pourra que constater, quelques années plus tard, que cette proposition demeure d’une actualité brûlante et qu’il serait peut-être de bon sens de la remettre aujourd’hui sur le métier.

Il ne s’agit pas ici de polémiquer ou de vouloir opposer baignade naturelle et baignade en bassins. Ce sont des activités complémentaires auxquelles tout strasbourgeois devrait pouvoir avoir accès sans que cela n’entraîne une explosion de charges insupportables pour la collectivité, bien au contraire.

Alors ? Plutôt que de brider l’inventivité de nos concitoyens et de réagir une fois encore par une interdiction et un empilement de normes et de règlements castrateurs, ne serait-il pas temps de traiter le problème à la racine et de faire preuve de volontarisme, de pédagogie et d’innovation ?

On ne peut donc que souhaiter que l’épisode de la baignade du 19 août au Herrenwasser soit le point de départ d’un travail de co-production entre la Ville, les habitants, les associations et les instances de participation citoyenne qui viserait à promouvoir de nouvelles formes d’appropriation de l’espace public en harmonie avec un patrimoine naturel méconnu qui fait pourtant la richesse de Strasbourg.

Chiche ?

Eric Schultz

Conseiller municipal et communautaire
Co-président du groupe des élus écologistes de Strasbourg (EELV)