Monsieur le Maire, Cher-es Collègues

Frédéric Boisseau, Franck Brinsolaro, Jean Cabut, Elsa Cayat, Stéphane Charbonnier, Philippe Honoré, Bernard Maris, Ahmed Merabet, Mustapha Ourrad, Michel Renaud, Bernard Verlhac, Georges Wolinski, Clarissa Jean-Philippe, Yoav Hattab, Yohan Cohen, François-Michel Saada, Philippe Braham…

Avant toute chose, je voudrais à mon tour saluer, au nom du groupe des élu-es écologistes et citoyens, la mémoire des 17 personnes qui ont été froidement exécutées à Paris entre le 7 et le 9 janvier dernier…

Ces hommes et ces femmes étaient à bien des égards le reflet de notre pays et de notre société. Ils sont devenus malgré eux, en l’espace de quelques instants, les victimes absurdes et injustes d’actes d’une violence implacable, d’un terrorisme venu d’ailleurs et destiné à fragiliser notre vivre ensemble et notre communauté de destin…

Au nom de quoi ?

« Tuer un homme, ce n’est pas défendre une doctrine, c’est tuer un homme… »

Ces paroles, par lesquelles Sébastien Castellion apostrophait Calvin il y a presque 5 siècles, n’ont décidément pas perdu de leur actualité et nous rappellent que rien, ni aujourd’hui ni demain, ne pourra jamais venir légitimer ou excuser de tels actes…

Le 7 janvier 2015, nous avons été frappés de stupeur.

Mais nous avons aussi été frappés par l’ampleur et la force des rassemblements spontanés qui ont réuni des milliers de personnes en quelques heures à peine dans les rues et sur les places des grandes villes de France.

Plus de 5000 personnes rassemblées place Kléber, le soir de l’attentat, près de 10 fois plus dans les rues de Strasbourg le 11 janvier, plus d’une centaine de milliers en Alsace, plusieurs millions en France et à l’échelle de la planète… Du jamais vu depuis le 11 septembre et le 21 avril 2002…

La mobilisation de nos concitoyens, déterminés à se dire « Charlie » par milliers aura incontestablement été une magnifique réponse à la brutalité des actes de terrorisme commis le 7 janvier.

Magnifique de dignité et de détermination à faire société dans l’adversité, envers et contre tout, au-delà de nos appartenances sociales, culturelles, politiques, religieuses ou générationnelles….

Cette mobilisation, portée avec brio par la société civile à Strasbourg, ne saurait toutefois se suffire à elle même. Elle nous interpelle, du simple citoyen au responsable de l’État, du militant associatif au responsable politique.

Elle nous interpelle, et plus encore, elle nous oblige.

Beaucoup de choses ont été dites ou écrites sur les raisons de ces attentats et sur les réponses à apporter à la société française pour traiter le mal à la racine et éviter que de tels faits ne viennent à se reproduire à l’avenir.

Nous ne saurions faire l’économie de ce débat dans cette enceinte.

En tant qu’élus locaux, nous sommes en effet aujourd’hui en première ligne et nous devons relever un double défi :

d’abord comprendre comment nous en sommes arrivés là, collectivement …
ensuite nous interroger sur les réponse que nous pouvons apporter, en lien avec les services de l’État, le mouvement associatif, la société civile et chacun de nos concitoyens…

Pour les écologistes, les événements du 7 janvier ne sont pas une génération spontanée. Ils sont le produit terrible d’une lente désagrégation du lien social et du vivre ensemble, d’une faillite collective, celle de notre modèle social et de notre capacité à tenir la promesse républicaine : Liberté, Egalité, Fraternité.

Cette faillite est aussi notre faillite…

Nous sommes en effet convaincus que c’est de notre difficulté à apporter des réponses concrètes, désirables et durables à la crise globale que nous traversons, que se nourrissent aujourd’hui les communautarismes, les réseaux criminels ou mafieux, comme les extrémismes politiques ou religieux, quels qu’ils soient.

De la même manière, nous sommes convaincus qu’au delà de la réaffirmation nécessaire du socle des valeurs républicaines qui nous rassemble, dont la laïcité, ce n’est qu’en apportant des réponses immédiates et concrètes aux plus fragiles de nos concitoyens que nous pourrons espérer à sortir de l’impasse.

Nous devrons ainsi travailler à adapter nos politiques aux exigences de l’après 7 janvier, en particulier dans les domaines de l’urbanisme et de l’égalité urbaine, de l’insertion et de l’emploi, de l’éducation, de l’enfance et de la jeunesse, de la culture et de l’interculturalité, du soutien à la vie associative et à la lutte contre les discriminations…

Il nous faudra, surtout, apporter des réponses fortes et crédibles au sentiment d’exclusion et aux inégalités sociales et territoriales dont souffrent aujourd’hui nombre de nos concitoyens.

C’est pourquoi, nous tenons à saluer l’initiative du Maire de Strasbourg de mettre en place une Conférence citoyenne destinée à interroger la réalité de notre vivre ensemble et à redonner du sens à l’action publique locale en nous appuyant sur la richesse et la diversité de nos quartiers, de tous nos quartiers, pour lutter contre les discriminations et construire une ville inclusive dans laquelle chacun pourra se reconnaître et évoluer en toute liberté.

Cette démarche, dans laquelle les écologistes entendent s’investir pleinement est à notre sens la seule possible si nous voulons avancer et éviter les pièges qui nous tendus par ceux qui soufflent sur les braises et attisent les haines…

Parce que nous refusons de céder à la tentation des amalgames douteux ou à la facilité d’une dérive sécuritaire accrue, nous préférons en effet faire nôtre les paroles du premier ministre Norvégien, Jens Stoltenberg, qui annonçait au lendemain de la tuerie d’Utoya sa volonté de « répondre à la terreur par plus de démocratie, plus d’ouverture et de tolérance ».

C’est une belle ambition, la seule en vérité qui puisse convenir à Strasbourg, capitale européenne et capitale des Droits de l’Homme au lendemain de ces événements tragiques.

Monsieur le Maire, Cher-es collègues, je vous remercie