Point n°11 : Attribution d’une subvention à l’Association des amis du Zoo de l’Orangerie

Monsieur le Maire, Cher-es collègues,

Nous voici une fois encore à débattre de l’attribution d’une subvention de 270 000 € à l’association des Amis du Zoo de l’Orangerie…

Comment vous dire ?

Membre de cette assemblée depuis mars 2008, je n’ai eu de cesse, année après année, de dénoncer les conditions d’exploitation de cet équipement ainsi que les conditions de détention des animaux dans des espaces pour le moins inadaptés. Je vous avouerais donc ressentir aujourd’hui, non pas du découragement, ce serait trop simple et trop facile, mais un sentiment mêlé de lassitude et d’agacement devant une situation qui n’évolue guère alors que le faits autant que les solutions sont connus de toutes et tous et que la population attend de nous que nous mettions enfin un terme à un état de fait devenu insupportable.

Le 22 février 2016, le Conseil municipal, après un débat nourri et constructif, avait acté à la quasi-unanimité, le fait que nous ne pouvions plus continuer a subventionner de la sorte l’association gestionnaire du zoo du fait de son manque de coopération et que l’équipement lui même, vieillot et obsolète, devait évoluer, selon votre souhait, vers de nouvelles missions d’avantage orientées :

  • vers la connaissance de cette faune régionale qui est notre patrimoine et notre bien commun,

  • vers la préservation et la conservation d’espèces menacées sur notre territoire

  • vers la pédagogie et l’éducation de toutes et tous, notamment des plus jeunes, plutôt que vers des activités de loisir et de divertissement peu compatibles avec l’éthique et le bien être animal…

Dont, acte ! Encouragés par ce tournant majeur dans nos débats, le groupe des Elu-es écologistes et citoyens avait alors accepté de s’abstenir sur l’octroi de ladite subvention, étant entendu que celle-ci devait être la dernière accordée en l’état et que devait s’ouvrir une période de concertation destinée à faire évoluer le zoo de l’Orangerie vers de nouveaux horizons…

Or, ou en sommes nous aujourd’hui ?

De notre point de vue, et en dépit de quelques annonces récentes, force nous est de constater que peu de choses ont évolué en vérité et qu’à ce jour, plutôt qu’une avancée significative de ce dossier, nous assistons si ce n’est un retour en arrière, du moins à un statu quo dont nous ne saurions en aucun cas nous accommoder.

En effet, les conclusions de l’A.M.O. commandée par la ville de Strasbourg et présentées en groupe de travail nous laissent pour le moins perplexe dans la mesure où :

  • le «divertissement» et le «spectaculaire» pourraient prendre l’ascendant sur la «pédagogie», la découverte et la «conservation» de la faune régionale devenue au passage, et sans que l’on sache trop par quel tour de passe-passe «faune européenne» (avec ce que cela implique, personne n’est dupe…)

  • il est proposé d’établir de nouveaux plans de «collection d’espèces animales» (l’expression en elle même fait frémir…) autorisant la mise en cage de nouvelles espèces non présentées au public aujourd’hui (comme le renard ou le chat forestier…)

  • tout ceci sans que ne soit évalué à aucun moment dans les documents qui nous ont été remis, les incidences financières de ce projet, à savoir les coûts d’investissement (forcément conséquents puisque l’on reparle de clôture et d’augmentation des surfaces d’exposition), ni les coûts de fonctionnement qui nous préoccupent précisément aujourd’hui dans le cadre de cette délibération.

Outre cela, ce qui serait déjà suffisant en soi, l’attitude inchangée de l’Association des Amis du Zoo de l’Orangerie à notre égard ainsi qu’à l’égard d’autres associations partenaires ne vient qu’ajouter à la confusion actuelle. Car si, comme plusieurs l’ont souhaité l’an passé, l’Association est bel et bien revenue à la table de concertation, sa posture et ses objectifs demeurent inchangés depuis l’origine comme en témoigne son courrier sans ambiguïté publié hier par la presse locale à la veille de notre conseil. Chacun appréciera…

Au vu de ces éléments, vous comprendrez donc aisément Monsieur le Maire que nous avons non seulement de fortes réserves quant à la direction prise par la «concertation» engagée, mais que nous ne saurions pas davantage donner plus longtemps gage de bonne foi à une association qui ne joue pas le jeu et dont les objectifs demeurent inchangés depuis l’origine : obtenir de la ville des équipements et moyens supplémentaires pour continuer comme au siècle dernier, au mépris de nos débats et des avancées de la société sur la question animale…

Pour illustrer mon propos, je voudrais prendre ici l’exemple des lynx de Sibérie, actuellement détenus dans des conditions déplorables comme chacun pourra s’en rendre compte en se rendant sur place. A la lire, l’Association des amis du zoo entend les conserver en détention jusqu’à leur décès alors même qu’un parc naturel situé en plein cœur de la Forêt Noire se propose de les accueillir gracieusement pour leur offrir une existence digne dans un milieu adapté… Ce n’est pas acceptable mais ceci illustre je le crains le peu de prise en considération du bien être animal dans les «réflexions» des gestionnaires de l’association des Amis du zoo de l’Orangerie.

Et ce n’est qu’un exemple parmi d’autres…

Avant de conclure, et en toute transparence, je voudrais préciser la position des Elu-es écologistes et citoyens de Strasbourg.

Si nous sommes opposés au maintien du zoo en l’état, nous restons favorables à une évolution rapide et raisonnée de cet équipement dans le sens de l’intérêt local et du bien-être animal.

A titre personnel, je suis convaincu qu’une ferme pédagogique digne de ce nom remplirait largement cet office et donnerait satisfaction au plus grand nombre tout en assurant la promotion d’une agriculture soutenable.

Ce n’est pas nécessairement la voie dans laquelle nous allons nous engager, nous en sommes conscients, mais le débat étant ouvert, je veux dire ici que nous persistons à penser que le recentrage autour d’espèces domestiques et l’éviction de toute espèce sauvage doit être notre priorité absolue. Je sais que la route est encore longue, mais j’espère sincèrement être entendu.

C’est à nous, Monsieur le Maire, cher-es collègues, dans ce conseil, et à nous seuls, qu’il appartient de trouver une voie raisonnable vers d’autres horizons que la détention d’espèces animales à des fins de spectacle et de divertissement.

Strasbourg n’est ni Bâle, ni Karlsruhe et n’a pas vocation à entrer en concurrence avec ces collectivités, pas plus qu’elle n’en a aujourd’hui les moyens humains ou financiers ni ne les aura demain.

Ne nous trompons pas d’objectif, ne nous engageons pas sur cette voie…

Le zoo de l’Orangerie doit changer, nous en sommes convaincus et sommes prêts à accompagner le mouvement en y mettant toute notre énergie et notre force de conviction. Mais nous ne pouvons aujourd’hui souscrire aux orientations qui nous ont été présentées pas plus que nous ne pouvons accorder notre confiance à une association gestionnaire qui ne donne aucun signe ni de bonne volonté, ni de changement.

C’est pourquoi nous voterons contre cette délibération et resterons vigilants et mobilisés sur cette question.

Monsieur le Maire, Cher-es collègues, je vous remercie.