Dimanche 27 juin, 20h. Il n’y a pas eu de sursaut. L’abstention, ce retrait civique du processus électoral, bat des records : 70 % dans le Grand Est, en Alsace et à Strasbourg. 80 % des moins de 34 ans. Les incantations et les injonctions de l’entre deux-tours n’y auront rien changé, les électeurs ne se sont pas déplacés. C’est un problème. Et pourtant…

Et pourtant, comme à chaque fois, après quelques rapides (et très convenus) commentaires sur la gravité et le sérieux de la situation, candidats et commentateurs s’adonnent en direct et sans retenue à « l’analyse » de résultats et de rapports de forces qui ne concernent au final qu’une part sans cesse plus réduite de l’électorat. Comme si de rien n’était. Et c’est bien là que le bât blesse.

Année après année, le retrait civique de nos concitoyens se fait plus fort, plus profond, plus conscient et plus ancré. Petit à petit, et au-delà de ses causes traditionnelles, l’abstention est désormais devenue un geste politique et le symptôme durable de la défiance qu’entretient le plus grand nombre à l’égard des institutions, des politiques voire de toute forme de participation des citoyens à la vie publique.

Car le retrait civique ne concerne pas que la démocratie dite « représentative ». Chacun pourra le constater, notamment à Strasbourg. Après un bref sursaut entre 2008 et 2012, le désintérêt croissant du plus grand nombre pour la démocratie dite « participative » (conseils de quartier, concertations, « co-construction »…) témoigne de la même défiance, de la même crise de confiance, non pas dans la démocratie sous ses différents aspects, mais envers celles et ceux qui s’en arrogent le monopole en dévoyant parfois son principe fondamental : le respect de la souveraineté populaire, de la parole donnée et du mandat confié.

Les mêmes causes produisent, dit-on, souvent les mêmes effets. Combien de fois n’a-t-on pas entendu nos concitoyens douter de l’utilité de se déplacer aux urnes alors qu’ils n’ont pas le sentiment d’être écoutés, ni au moment du vote, ni en cours de mandat ? Combien de fois n’a-t-on pas entendu nos concitoyens douter de l’utilité même de participer à des consultations publiques, tout étant à leurs yeux joué (et souvent perdu) d’avance ? Et qu’a-t-on fait de cette parole ? Bien peu de choses en vérité, nombreux sont ceux qui continuent à danser sur le volcan dans le déni le plus total.

Au-delà des réactions convenues d’un dimanche soir, l’abstention doit être prise pour ce qu’elle est devenue : un acte volontaire et conscient sur lequel la démocratie d’injonction, qui convoque la morale ou la culpabilité à son secours, n’a plus aucune prise. Pourtant, les solutions existent. Mais elles sont ailleurs… A titre personnel, je fais partie de ceux qui ont la faiblesse de croire que le retour vers une démocratie vivante (sous toutes ses formes) reste étroitement lié à la réhabilitation de la politique, de l’engagement et du combat d’idées. Que la politique est l’affaire de toutes et tous et qu’il est urgent de reprendre la main.

Depuis trop longtemps, les politiques ont pris l’habitude de ne plus s’adresser (au moment des élections ou en cours de mandat) qu’à la portion congrue de l’électorat qui se déplace encore pour voter et ne cherche plus à mobiliser ou à convaincre le plus grand nombre. Et cela devient un cercle vicieux, ceux auxquels on ne s’adresse pas, ne se déplacent pas… Aucune légitimité, aucun espoir ne peut renaître quand on s’enferme dans le déni…

Dimanche 27 juin, 20h. Le roi est nu. L’abstention bat des records. Les incantations et les injonctions de l’entre deux-tours n’y auront rien changé. Jusqu’à la prochaine fois… Ou pas…

Le débat est ouvert…