Monsieur le Président,
Chèr-e-s collègues,

La question de l’avenir des Bains municipaux de la Victoire reste une question délicate à Strasbourg. Ceci étant, si les Bains municipaux sont un équipement strasbourgeois, il me semble que leur vocation et leur devenir dépasse largement les frontières de notre ban communal et concerne directement l’Eurométropole. C’est la raison pour laquelle, après m’être exprimé sur ce point en Conseil municipal lundi dernier j’ai souhaité pouvoir m’exprimer à nouveau devant les membres du Conseil en tant que Conseiller eurométropolitain.

Il y a cinq ans, presque jour pour jour, le Conseil de la Communauté Urbaine de Strasbourg s’est prononcé sur la réalisation d’une étude sur l’avenir des Bains municipaux, étude qu’il serait avisé de transmettre aux membres du Conseil pour information, ce dont, à titre personnel je fais ici la demande.

Lors de ce débat, j’avais rappelé que : « Les Bains Municipaux sont certes un élément de patrimoine architectural dont nous avons la responsabilité, mais ils sont aussi, (…) un élément essentiel de notre patrimoine social et culturel qu’il nous importe absolument de préserver. Bâtiment remarquable (..), les Bains municipaux sont aussi, (…) un produit direct des utopies sociales du XIXe siècle et probablement l’un des derniers équipements publics de Strasbourg où la mixité sociale peut s’exprimer pleinement et ne pose pas question… »

Je voudrais ici redire cela avec force, mais ajouter que si le parallèle entre le débat que nous avions en 2010 et celui que nous avons aujourd’hui peut être aisé, nous ne sommes pas exactement dans la même situation En effet, alors que le projet de Partenariat Public Privé envisagé initialement menaçait effectivement la pérennité des activités de service public des Bains municipaux et la vocation de cet établissement, la délibération qui nous est aujourd’hui présentée intègre un certain nombre d’éléments avancés par ceux là même qui s’étaient opposés alors à toute velléité de privatisation.

Maintien des activités de baignade et du sport scolaire, maintien d’une offre (même réduite) de bains et douches publiques, développement de nouvelles activités de sport santé en lien avec le secteur de l’Economie sociale et solidaire, requalification patrimoniale et bien évidemment maitrise des coûts financiers et environnementaux Je ne peux donc que souscrire à l’esprit de la Charte telle qu’elle nous est ici présentée Pour m’être exprimé à ce sujet en juin 2010, je pense mesurer le chemin parcouru…

Je constate aussi que nous sommes aujourd’hui au début d’un processus démocratique qu’il conviendra de mener à son terme et dans ce même esprit d’ouverture et de concertation.

Je souhaite donc d’ores prendre date du débat public qui s’annonce et apporter une contribution à ce débat.

Dans son intervention prononcée en mars dernier au Centre Culturel Alsacien, le professeur Alexandre Kotska[2] rappelait que « toute intervention patrimoniale sur les bains doit avoir à l’esprit que ce bâtiment a été conçu avec une certaine visée, qui associe le souci de santé publique à un projet politique d’accès de tous. ».

Dans cet esprit, et si nous souscrivions à cette approche, ce que je souhaite, il me paraîtrait difficile d’associer des activités de service public avec des équipements de luxe privés, et destinés à quelques privilégiés. A l’inverse, une mise en avant volontariste de développement d’activités liées à la politique de sport-santé en lien avec le secteur de l’Economie Sociale et Solidaire et notamment le mouvement mutualiste pourrait pourtant représenter, si nous y parvenons, un compromis audacieux nous permettant à la fois de réhabiliter le site et d’en conserver l’esprit.

Pour citer une nouvelle fois le professeur Kotska, je voudrais rappeler que dès l’origine « les Bains avaient un projet cohérent : celui de constituer un lieu de santé collective, et de santé préventive ».

Je pense que ce projet est toujours d’actualité et que loin d’être un combat d’arrière garde, chercher à l’intégrer dans nos réflexions et nos projets représente bel et bien une démarche innovante et résolument tournée vers l’avenir, une démarche emblématique et exemplaire du service qu’une collectivité comme la nôtre pourrait être en mesure de rendre à nos concitoyens, une démarche qui disons le, par son originalité ne pourra que contribuer activement au rayonnement et à l’attractivité de notre agglomération…

Certes, en un siècle les besoins changé, mais notre siècle, par ses évolutions structurelles a aussi contribué à produire des maux et des pathologies auxquels nous devons répondre, notamment par la mise en place de politiques de « santé préventive » audacieuses et volontaires, comme nous l’avons fait à Strasbourg et comme nous pourrions le faire demain au niveau de l’Eurométropole… Voici en quelques mots, et sans aller plus avant, les ambitions dont je voulais faire part au Conseil au moment du vote sur la réalisation de cette nouvelle étude.

Monsieur le Président, Chèr-e-s collègues, sans reprendre ici des éléments spécifiquement strasbourgeois de ce dossier, j’ai voulu faire ce détour pour exprimer à ma manière les attentes que bon nombre de nos concitoyens ont aujourd’hui concernant l’avenir des Bains municipaux.

Aujourd’hui comme en 2010, nous sommes nombreux à être attachés à la préservation et à la rénovation sans gabegie financière d’un bâtiment remarquable dont il convient de préserver les usages et d’améliorer les performances énergétiques et environnementales.

Aujourd’hui comme en 2010 nous sommes attachés au maintien du caractère public des activités de baignade et des douches publiques et favorables à la mobilisation d’acteurs du secteur de l’Economie Sociale et Solidaire pour nous aider à rendre aux bains municipaux leur vocation originelle.

Aujourd’hui comme en 2010, nous sommes nombreux à appeler de nos vœux le choix de solutions pérennes qui soient à même de préserver la vocation pionnière de cet établissement.

Monsieur le Président, Cher-e-s collègues, je vous remercie.