Monsieur le Maire, cher-es collègues,

J’ai voulu poser cette interpellation parce que j’estime qu’il est parfois nécessaire de revenir sur des événements ayant marqué le cours de notre mandat, afin de nous interroger sur la justesse et la portée de nos actes. Dans la mesure où je suis convaincu qu’il s’agit d’un sujet susceptible d’intéresser tous les strasbourgeois, quel lieu pourrait être plus indiqué que l’enceinte du Conseil municipal, siège par excellence de l’expression de la démocratie municipale ?

Depuis le début du mandat, nous avons été confrontés à plusieurs reprises à la question de l’occupation d’immeubles vides par des personnes sans logement, souvent des jeunes, ou des activités associatives et culturelles alternatives…

Deux exemples opposés : la Maison Mimir, située au cœur de la Krutenau et menacée un temps d’expulsion dispose aujourd’hui d’un bail emphytéotique de 20 ans lui permettant de poursuivre ses activités, ce dont nous sommes nombreux à nous réjouir. De l’autre côté, le 2 route des Romains, ancien local de l’association Papier Gâchette, vidé de ses occupants à la veille de la trêve hivernale dans des conditions sur lesquelles je ne souhaite pas m’attarder.

La mise en regard de ces deux situations opposées en apparence m’a amené à m’interroger sur la cohérence de notre politique en direction de ces modes de réappropriation d’immeubles vides, ou d’accompagnement de ces cultures alternatives qui ne souhaitent pas forcément emprunter les sentiers balisés de l’action culturelle traditionnelle.

Qu’on s’entende bien, je ne défends pas ici l’illégalisme, mais ne peux que constater que ces dernières années, sous l’effet de la crise ou simplement par choix, de nombreux jeunes s’engagent sur cette voie de manière volontaire ou contrainte, préférant cette option à une accession difficile au parc locatif social ou privé ou au recours aux dispositifs de solidarité traditionnels… Je ne saurais leur jeter la pierre…

Alors, au delà du 2 route des Romains, dont l’histoire est désormais écrite , et parce que je suis convaincu que dans les années à venir la collectivité sera de plus en plus fréquemment confrontée à ces problématiques, je souhaiterai que nous nous interrogions enfin sur la mise en place d’une politique municipale plus cohérente et respectueuse de ces pratiques alternatives émergentes que celle, pour le moins chaotique et parfois brutale, à laquelle nous avons eu recours jusqu’à présent.

J’en viens maintenant à mon interpellation :

———————————————————————————————————————-

« Monsieur le Maire,

Le 30 octobre à 6h30 le matin, le 2 route des Romains à Strasbourg, qui était connu pour être le lieu de travail de l’association Papier Gâchette, et aussi lieu de vie, a été vidé de ses occupants par la force publique, à quelques jours de la trêve hivernale.

Aucune solution d’’hébergement satisfaisante et durable n’’avait alors été trouvée, pas même en dehors de Strasbourg.

Sans revenir sur la perte qu’’a représentée la mise entre parenthèses de l’’activité de Papier gâchette pour la vie culturelle strasbourgeoise, l’’opportunité de mener cette expulsion à cette date a de quoi être mise en question aujourd’’hui.

A l’’heure où je parle, l’’immeuble qui abritait Papier gâchette est encore debout, et visiblement intact. Il semble qu’’il ait traversé la trêve hivernale, inoccupé.

 

immeuble du 2, route des romains

immeuble du 2, route des romains

 

Y a-t-il eu un retard pris dans les travaux qui devaient être menés sur le site ? Si oui, quelles en sont les causes ?

Sait-on ce que sont devenus les occupants de l’immeuble, et comment ils ont traversé l’’hiver ? Papier gâchette a-t-elle pu se remettre au travail, dans quels locaux ?

Quelle était donc cette nécessité impérieuse d’expulser les occupants du 2 route des Romains à l’’aube de la trêve hivernale, puisque rien n’’a été fait sur le site depuis lors ? 

Quel processus envisagez-vous de mettre en place pour éviter le renouvellement d’’une telle situation, sachant que dans d’’autres cas, comme celui de la Maison Mimir, il a été possible d’’éviter une expulsion, avec des résultats positifs pour tout le monde ?

 

Monsieur le Maire, Je vous remercie. »