Monsieur le Maire, cher-es collègues,

La délibération qui nous est présentée nous propose de valider un avenant au contrat signé en 1993, qui accorde à Electricité de Strasbourg la concession de la distribution d’électricité sur l’ensemble du territoire communal pour une durée de 40 ans, c’est à dire jusqu’en 2033.

Au delà de l’avenant proprement dit, je dois vous avouer que ladite convention me laisse perplexe au vu de l’évolution du marché de l’énergie depuis 1993, mais aussi au vu des enjeux actuels du débat public autour de la transition énergétique et localement de la fermeture de la centrale de Fessenheim.

En effet, depuis le 1er juillet 2007, l’ensemble du marché de l’électricité est intégralement ouvert à la concurrence. Ce mouvement, entamé au niveau européen en 2004, aura notamment permis la constitution de coopératives d’énergie verte comme Enercoop ou Energies partagées qui s’approvisionnent auprès de petits producteurs de photovoltaïque, d’hydroélectricité, d’éolien ou de biogaz.

Pourtant, en dépit du développement qu’ont connu ces coopératives après la catastrophe de Fukushima, force est de constater qu’elles ne parviennent toujours pas à s’implanter sur le territoire alsacien du fait notamment de l’existence de régies locales de distribution comme Electricité de Strasbourg, dont les systèmes d’information ne sont visiblement pas toujours compatibles avec ladite ouverture du marché. D’après le journal l’Alsace (« Des coopératives citoyennes comme alternatives au nucléaire » 30 mars 2012), Enercoop compterait à peine 200 coopérateurs en 2012, ce qui est peu…

Ecologistes et socialistes étant engagés conjointement dans le débat national sur la transition énergétique, et ayant adopté à l’unanimité en 2011 une motion demandant la fermeture de la centrale de Fessenheim, il me paraîtrait plus que nécessaire que la Ville de Strasbourg se saisisse au plus vite de cette problématique au niveau local, et pèse de tout son poids pour qu’ Electricité de Strasbourg réalise enfin les investissements nécessaires pour se mettre en conformité avec les règles européennes. Ceci afin d’autoriser l’implantation de coopératives d’énergie verte sur le territoire strasbourgeois, et de laisser à nos concitoyens le choix de leur fournisseur et de leur source d’énergie.

C’est, je le répète parce que j’en suis convaincu, un enjeu capital et indispensable à une sortie à terme de notre addiction au nucléaire…

Il n’est en effet peut être pas inutile de rappeler à ce stade qu’en Allemagne, le virage pris il y a plus de 20 ans en faveur des énergies renouvelables a été porté à près de 60% par des initiatives citoyennes locales et/ou des coopératives, et que notre voisin ne compte aujourd’hui pas moins de 20 fournisseurs d’électricité d’origine renouvelable.

Comme il n’est pas inutile de rappeler non plus qu’en Allemagne ce sont plus de 350 000 personnes au bas mot qui travaillent d’ores et déjà dans le secteur des renouvelables et que ce marché est en pleine expansion.

C’est pourquoi, Monsieur le Maire, cher-es collègues, je souhaite que l’adoption de cette délibération puisse également être la première étape d’un engagement volontaire de la Ville de Strasbourg en faveur de l’ouverture de son territoire aux coopératives d’énergie verte et que nous permettions enfin aux strasbourgeois qui le souhaitent de s’engager de manière citoyenne et responsable dans la révolution énergétique dont notre pays a tant besoin.

 

Monsieur le Maire, cher-es collègues, je vous remercie…