Conseil municipal du 29 avril 2013
Point n°22 : Dénomination des rues 2013

Monsieur le Maire, cher-es collègues,

Dans la délibération qui nous est proposée figure la dénomination de la placette du 17 octobre 1961 à l’angle de la rue de la Douane et de la rue de la Division Leclerc.

Le choix que vous avez fait d’accéder à la demande ancienne de nombreuses associations, d’universitaires, de particuliers, de baptiser une placette strasbourgeoise en mémoire de ces événements sinistres s’inscrit dans la lignée de la reconnaissance officielle de ce massacre par le Président de la République on octobre 2012.

Faut-il le rappeler ? Le 17 octobre 1961, des milliers d’Algériens provenant des bidonvilles d’Aubervillers, de Nanterre et d’ailleurs dans la banlieue parisienne s’étaient donné rendez-vous pour une manifestation pacifique de dénonciation du couvre-feu imposé par le pouvoir gaulliste aux seuls ressortissants Nord-Africains.

Sur les ordres du Préfet de Police Maurice Papon, de sinistre mémoire, une répression sanglante de ces manifestations sera ordonnée entraînant la mort de plusieurs centaines de manifestants, le nombre exact de victimes demeure à ce jour inconnu. De nombreux cadavres ayant été jetés à la Seine sans autre forme de procès, certains ayant été repêchés à Rouen plusieurs jours plus tard…

Cette page sinistre des débuts de la République gaullienne aura longtemps été occultée, tant par la chape de plomb de l’appareil d’Etat qui alla jusqu’à en faire disparaître toute trace des archives officielles, que par d’autres événements comme ceux de Charonne…

Longtemps ces faits demeurèrent méconnus, voire niés, transmis de manière orale seulement par des proches des victimes. Ce n’est qu’au début des années 1980, avec le roman de Didier Daenninckx, Meurtres pour mémoire (1991), et plus encore au tournant des années 1990 avec la publication du Silence du fleuve d’Anne Tristan et Mehdi Lallaoui (1991) et de la Bataille de Paris de Jean-Louis Einaudi (1991) que le 17 octobre pu commencer à être nouveau évoqué publiquement.

Depuis, de nombreux travaux de recherche porté par des universitaires comme Olivier Lecour Grandmaison auquel je veux rendre ici hommage, ou des documentaristes comme Agnès Denis auront contribué à rendre justice aux victimes du 17 octobre 1961…

Ce lent travail de reconnaissance est une œuvre de salut public. Contribuer à porter cet événement à la connaissance de nos concitoyens en l’inscrivant dans la topographie strasbourgeoise est un geste fort qu’il convient de saluer.

Certains se sont interrogés par voie de presse sur le rapport entre Strasbourg et ces événements, et bien que je craigne que ce ne soit là qu’une manœuvre dilatoire pour tenter d’étouffer à nouveau ce qui aura mis plus de cinquante ans à avoir droit de cité, je voudrais leur dire ici que lorsqu’il s’agit du 17 octobre 1961, chaque citoyen de France est concerné.

Parce que c’est un crime d’Etat demeuré trop longtemps impuni, par ce que c’est un déni d’Etat qui est allé jusqu’à effacer toute trace des disparus, parce que c’est une responsabilité d’Etat que de reconnaître les faits et de rendre justice.

Il est temps de tourner la page de la Guerre d’Algérie et de travailler à la réconciliation, de rendre leur dignité aux victimes civiles de ce conflit colonial, même lorsque cela nous oblige à un travail d’introspection et même lorsque ce travail est douloureux.

De nombreuses personnes, notamment dans les deuxième et troisième générations, attendent de nous ce travail de vérité sur notre histoire commune de manière à pouvoir la dépasser ensemble.

Strasbourg, capitale des Droits de l’Homme, Strasbourg, capitale de la réconciliation franco-allemande, peut s’honorer de contribuer à sa manière à ce travail de mémoire nécessaire.

Personnellement, je suis fier d’y être associé aujourd’hui.

 

Monsieur le Maire, Cher-es collègues, je vous remercie…