Le 8 mars prochain au Zénith, énième spectacle de Dieudonné dans la région Strasbourgeoise ! En 2008 à Paris, il invitait le révisionniste Robert Faurisson à l’une de ses représentations et le livrait aux hourras du public. Faire acclamer un négationniste de l’holocauste par la foule, l’extrême droite en rêvait, Dieudonné l’a fait. Toujours en 2008, à Strasbourg, Dieudonné le mal nommé met en scène un personnage de déporté en pyjama rayé. Dieudonné fait mine de lever la main sur lui, puis le force à dire « messieurs dames, n’oubliez-pas ». L’homme au pyjama rayé passe ensuite devant les spectateurs en mendiant. Dans la salle, on entend crier «mort aux juifs». Les années 30 ne sont pas si loin, mais qui s’en émeut ?

12 juin 2012, « l’artiste » est de retour dans la capitale des droits de l’homme. Des manifestants – dont plusieurs d’entre nous – se tiennent pacifiquement devant le Zénith. Dieudonné fait diffuser des tracts injurieux et demande aux spectateurs de nous filmer, de conserver les images… Qui sont ces spectateurs ? Contrairement au mythe –volontairement ?- entretenu par certains, le public de Dieudonné n’est pas majoritairement composé de « jeunes de banlieue ». A ses spectacles, on croise surtout monsieur et madame tout le monde. Une belle photo de famille de la société française. Une belle claque aux clichés également.

Spectacle ou meeting, meeting ou spectacle : la confusion est entretenue à dessein, Dieudonné occupe une scène très politique. Comédien ou politicien, selon son inspiration. Mais on ne peut à la fois célébrer ses bonnes blagues et déplorer celles de ses déclarations qui tombent sous le coup de la loi : l’être humain est indivisible. C’est d’ailleurs pourquoi la mairie de Strasbourg a refusé, au printemps 2008, d’inscrire le nom de Louis Ferdinand Céline sur les murs de la médiathèque André Malraux. Considéré comme l’un des plus brillants écrivains du XXème siècle, Céline est aussi l’auteur de « Bagatelles pour un massacre » dont la violence raciste donne la nausée. Le geste politique consistant à refuser d’accueillir sur le mur d’un bâtiment public le nom d’un antisémite aujourd’hui disparu a été assumé. Mais celui consistant à refuser le gîte d’un équipement de la CUS à un raciste en exercice reste à accomplir.

Heureusement, il existe une justice dans notre pays et une condamnation à 20 000 euros d’amende a sanctionné l’ignoble collaboration entre Faurisson et Dieudonné, dont le pedigree judiciaire donne, lui aussi, la nausée : injure raciale, diffamation à caractère racial, incitation à la haine raciale. Dieudonné s’appuie sur un réseau d’idéologues fascisants. Il est le porte-flambeau du nouvel antisémitisme français. Cela est désormais connu. Mais cela n’empêche pas que l’inacceptable se reproduise régulièrement et c’est bien là tout le problème.

Localement, à l’exception notable de quelques associations antiracistes et antifascistes et de camarades communistes, l’indifférence semble avoir gagné nos concitoyens et, avec eux, la majorité des responsables politiques. Nous ne l’acceptons pas. Se pose donc le problème de la mobilisation militante. Nous y participons modestement par cette tribune : faire savoir qui est vraiment ce personnage et faire connaître notre solidarité à ceux qu’il méprise et agresse.

Se pose également le problème de la responsabilité politique. A cet égard, nous nous adressons à ceux qui ont le pouvoir de s’opposer à l’accueil d’un spectacle de Dieudonné sur le territoire de l’agglomération strasbourgeoise. Le Zénith est situé à Eckbolsheim. En vertu de ses pouvoirs de police, le maire de cette commune peut interdire cette manifestation. Les événements de 2008 suffiraient à fonder cette décision. D’autres maires français ont déjà emprunté cette voie, à Montpellier, à Angers, à La Rochelle par exemple. Le préfet du Bas-Rhin dispose d’ailleurs des mêmes prérogatives que les maires. On peut faire l’hypothèse que le ministre de l’intérieur, s’il était informé de ce qui s’est passé à Strasbourg en 2008, donnerait au préfet, soit son plein accord, voire les instructions qui conviennent. Enfin, la direction de la salle de spectacle a la possibilité de renoncer à louer le Zénith à un individu qui a osé se comporter comme cela a été décrit plus haut.

Chacun est désormais placé devant ses responsabilités.

Pour notre part, nous n’avons que le pouvoir de dire les choses. Mais ce pouvoir est peut-être plus fort qu’en apparence. A l’automne 2008, de passage à Strasbourg quelques semaines à peine avant Dieudonné,  Elie Wiesel, prix Nobel de la paix, déclarait : « le mal a ses propres idées, ses propres plans, son propre pouvoir. Mais nous avons plus de pouvoir : celui du cœur, celui de la chaleur humaine, celui de la fraternité».

tribune publiée dans les DNA du 5 mars 2013 :

 Par : F. Angel, E. Anthony, JM. Augé, P. Bala, L. Bazin, R. Bernhardt, R. Betscha, D. Bonnot, JM. Burt, J.Crépin, S. Fournel,   H. Gayet, L. Hammoud, B. Jenaste, JM. Jung, D. Kaufmann, M.Koebel, F. Kracher, J. Kracher, Jacky Kracher, B. Krieger, M. Larchet, B. Lefevre, P. Levi, A. Mairie, F. Mairie, M. Le Morzedec, C. Narioo, S Orzechowski, J. Provot, D. Rharrouz, JJ. Renaudet, D. Schwoebel, M. Sel, N. Soccio, J.Spill, JP. Spill, J. Stark, N. Tatessian, E. Vallens, B. Vogel, J.Wetterer (membres du Parti Socialiste), C. Gillmann, S. Gillmann (membres du Mouvement des Jeunes Socialistes), C. Brassac, JM. Brom, A. Drach, D.Ehret, A. Laymand, A. Ramdane,  R. Hatzenberger, E. Schultz, D. Topal (membres d’Europe Ecologie les Verts), JC. Capelier,  J. Gasparini, C. Gasser, O. Kuhn, J. Surmin, JM. Vaillant, JC.Val (membres du Parti de Gauche) C. Marchal, JP. Metz (anciens membres du PS).