Les fins d’année sont, dit-on, un moment propice au retour sur soi et interrogent notre capacité à envisager plus ou moins sereinement l’avenir… Il est même un rituel éprouvé, celui de prendre de bonnes résolutions pour commencer l’année du bon pied et repartir vers de nouvelles expériences…

S’agissant des bonnes résolutions, je n’en prendrai pour ma part qu’une seule, celle de ne pas renouveler mon adhésion auprès d’EELV, ni comme adhérent, ni comme coopérateur.

C’est une page qui se tourne même si elle ne se tourne pas aisément. Elle se tourne sur dix années d’engagement constant au sein des Verts puis d’Europe Ecologie, comme militant, responsable régional, ou comme élu local…

Trop de désillusions, de déconvenues et de désaccords, se seront accumulés au long de cette année pour que je puisse continuer à les ignorer plus longtemps. Je ne m’attarderai pas ici sur les tensions locales qui auront agité le microcosme des élu-es strasbourgeois-es cet été, ni sur le spectacle que donnent jour après jour certains « ténors » auto-proclamés d’une écologie partisane en perte de vitesse comme de repères… Il y aura d’autres occasions pour cela…

EELV aura été une belle idée et une belle aventure.

C’est aujourd’hui, de mon point de vue, un astre mort, ou a tout le moins moribond, que la perspective d’un congrès de « refondation » en mai 2016, juste avant que ne commence le cirque des présidentielles, ne sauvera pas de la faillite.

Je pars sans amertume ni regrets, et je n’ignore pas qu’il y a encore dans ce mouvement des hommes et des femmes pétris d’idéal qui tenteront de rendre à l’écologie politique et à « la politique autrement » ses lettres de noblesse. Pour ma part le coeur n’y est plus.

Libertaire de coeur et écologiste de conviction, je reste convaincu que le vert est la couleur du XXIe siècle et que l’écologie est aujourd’hui le seul projet global d’émancipation sociale et politique qui vaille la peine qu’on se mobilise pour lui. Je continuerai donc à porter ses valeurs au quotidien dans l’exercice du mandat qui m’a été confié, mais j’ai envie, j’ai besoin, de consacrer mon temps et mon énergie de militant à autre chose.

L’année qui s’achève aura été particulière, c’est un euphémisme.

Violence extrême des attentats parisiens de janvier et de novembre, instauration de l’état d’urgence et criminalisation des mouvements sociaux et écologistes, dérive sécuritaire du sommet de l’État, glissement à droite, voire même très à droite, du débat politique, implosion de la gauche, fracture électorale, pertes de repères, augmentation de la pauvreté, stagnation du chômage, minoration des enjeux climatiques et environnementaux, rejet des migrants, crise grecque, pré-fascisme en Turquie, montée du racisme et de l’islamophobie…

J’en passe, la liste est longue des sujets qui nous interpellent sur nos capacités à saisir le réel, à le penser, à le dire et par là même à agir…

Je ne crois plus aujourd’hui à des partis politiques devenus pour la plupart de simples machines à distribuer des prébendes électorales. Je ne crois plus, en dépit de leur histoire, à leur capacité à agréger et à traduire en propositions concrètes les attentes de la population, comme je ne crois plus à leur capacité à donner des repères permettant au citoyen de se former, de se situer et de grandir en confiance à leur contact.

D’autres formes d’échange, de discussion, de partage, de responsabilité sont à inventer et à expérimenter, en dépassant nos allégeances partisanes ou associatives convenues. Certaines sont déjà en mouvement dans la société civile, d’autres sont inscrites dans le champ des possibles…

Je reste disponible pour cela. Nous nous y croiserons peut être…