Les 6 et 13 décembre 2015, au moment des élections régionales, nous avons été nombreux et nombreuses à constater une fois de plus, une fois de trop, l’ampleur et la profondeur de la crise politique et démocratique qui travaille notre pays en profondeur.

Pour la quatrième fois consécutive (si l’on considère les élections municipales, européennes, départementales et régionales), nous avons assisté, tétanisé-es et presque impuissant-es, à l’échec de la gauche (toute la gauche), et à son incapacité à renouveler la politique, ce que nous appelons pourtant de nos vœux avec presque autant de constance que de régularité.

Le constat est là. Il est implacable. Il nous interpelle :

  • Forte abstention, désaffection citoyenne croissante, désengagement civique et refus de vote, montée en puissance de l’extrême-droite et diffusion de ses « idées » dans la société…
  • Division partisane, défiance à l’encontre du politique, césure de plus en plus en plus forte entre des citoyens qui ne se sentent plus entendus et des politiques qui ne sont plus écoutés…

Le politique et le citoyen… Deux mondes qui ne se rencontrent plus, ou peu, ne se parlent pas, ou de moins en moins, se méfient l’un de l’autre, de plus en plus…

Confrontés à cet échec collectif, issu pour partie de nos aveuglements et de nos renoncements (volontaires ou contraints) nous avons dit « Plus jamais ça ! » et souhaité ardemment pouvoir changer enfin la politique pour mieux changer la vie.

Dans le même temps, nous sommes de plus en plus nombreux et nombreuses à constater l’impasse des politiques gouvernementales, à dénoncer la radicalisation du discours politique et les renoncements idéologiques qui se succèdent sans imites : du CICE au projet de Loi sur le travail en passant par l’état d’urgence et la déchéance de nationalité, sans oublier l’aveuglement nucléaire et l’obstination d’État autour de grands projets inutiles…

Les motifs d’indignation ne manquent pas. La nécessité d’un changement de cap se fait chaque jour plus pressante.

Sommes nous condamnés à l’impuissance ?

Partout en France, depuis décembre, et même avant, des voix s’élèvent pourtant pour changer le cours des choses et éviter la catastrophe.

  • Les initiatives et les appels pour changer la politique, redonner du sens à la citoyenneté et inventer de nouvelles formes de représentation dans un système à changer se multiplient : primaires (de gauche ou citoyennes), hackage institutionnel (#mavoix), forums ouverts…
  • Les initiatives citoyennes fleurissent dans le domaine de l’économie sociale ou de l’écologie concrète, des formes de mobilisations citoyennes nouvelles (autour des mouvements alternatifs qui se sont exprimés au moment de la Cop21) ou plus conventionnelles, comme la pétitition Loi travail, non merci (730 000 signataires à cettte heure), en passant par la remoblisation contre Notre Dame Des Landes…
  • Le revenu de base n’est plus un tabou, le partage du travail est de nouveau en débat…

La situation politique nous interpelle, donc autant qu’elle nous oblige.

Dans ce contexte, la démission inattendue d’Armand Jung de son poste de député pour raisons de santé et l’organisation d’une élection législative partielle dans les trois mois sur la circonscription de Strasbourg 1 ne peut pas laisser indifférent-es celles et ceux qui souhaitent changer la politique et qui se sont exprimé-es ces derniers mois pour changer la donne et redonner confiance dans la politique.

Les même causes produisant les mêmes effets, il ne serait donc pas responsable de reproduire des configurations électorales partisanes dont l’issue est prévisible à défaut d’être prédictible.

De manière inattendue, cette élection partielle nous met au pied du mur et éprouve nos convictions. A bien des égards, elle nous invite aussi à mettre en cohérence nos envies et nos actions.

Il ne s’agit plus d’analyses ni de discours, mais de pouvoir d’agir, de dire et de faire. De faire de Strasbourg un laboratoire d’innovation démocratique et de renouvellement des pratiques politiques comme ont su le faire, à leur échelle, Saillans, Grenoble ou Barcelone…

Nous avons dans les trois mois qui viennent, et avant que le rouleau compresseur de l’élection présidentielle ne se mette en branle, une occasion unique pour nous mobiliser et :

  • Inviter chacun à sortir de ses zones de confort militantes, à dépasser les égoismes partidaires et les patriotismes d’organisations qui aveuglent souvent plus qu’ils ne mobilisent.
  • Aller vers les citoyennes et les citoyens de la premiere circonscription du Bas-Rhin pour élaborer avec eux, et avec des candidat-es qu’ils auront choisi et dans lesquel-les ils et elles se reconnaitront, une plate forme politique commune dont chacun-e pourra s’emparer et que chacun-e s’engagera à défendre pour changer la donne et porter une autre voix, ici et maintenant.
  • Proposer une démarche volontariste qui pourrait bien faire école et redonner un peu d’espoir et de confiance à celles et ceux qui doutent de la politique, de l’écologie et de la gauche, avant que ne se mette en place le cercle vicieux de la présidentielle et sa chronique de postures annoncées à l’issue incertaine.

Forums citoyens, primaire ouverte, campagne commune et partagée…

Nous avons trois mois, trois mois pour aller au devant des citoyens de la première circonscription pour leur proposer d’exprimer et de porter leurs propositions dans le débat public de se mobiliser et de choisir les candidat-es qu’ils seront prêts à soutenir dans une démarche commune et rassembleuse.

Nous avons trois mois pour innover. Expérimenter. Trois mois pour aller vers plutôt que de se replier sur soi.

En conséquence j’invite les citoyen-nes et les partis qui ne se résignent pas et qui désirent changer le cours des choses à s’engager au plus vite dans une démarche de ce type.

C’est à inventer. C’est possible. C’est maintenant.