Il y a une semaine, la droite départementale bas-rhinoise votait sans états d’âme la suppression de son soutien aux structures d’hébergement d’urgence strasbourgeoises. Le même jour, leurs homologues haut-rhinois faisaient le choix de conditionner l’attribution du RSA à l’exercice de 7 heures hebdomadaires d’un « bénévolat » qui fleure bon le travail déguisé, voire le travail forcé…

Ce 5 février 2016 restera à bien des égards un jour sombre pour les solidarités en Alsace.

Honte à eux ! Honte à ces élu-e-s de collectivités « chef de file des solidarités » qui préfèrent stigmatiser une fois de plus les laissé-e-s pour compte et les précaires plutôt que de mobiliser toutes leurs énergies pour trouver des réponses dignes de ce nom à l’état d’urgence sociale que connaît notre pays ! Honte à cette droite décomplexée qui confrontée à une crise sévère préfère la politique du baton à celle de la main tendue !

Elu-e-s à gauche, nous dénonçons ces choix tout autant que leurs implications politiques et leurs conséquences humaines.

Nous n’acceptons pas :

- cette volonté insidieuse de stigmatiser les plus fragiles et de rogner leurs droits plutôt que de s’attaquer aux racines du mal.

- la démagogie de celles et ceux qui instrumentalisent la question sociale quitte à fragiliser le tissu associatif à des fins idéologiques.

- l’irresponsabilité de celles et ceux qui, sous couvert de « responsabilité budgetaire » mettent à mal l’équilibre précaire des solidarités régionales…

Elu-e-s de gauche, nous affirmons qu’il était et reste possible de faire d’autres choix budgétaires pour préserver des politiques de solidarité uniques qui ont toujours fait de l’Alsace un modèle à part.

De notre point de vue :

- les bénéficiaires du RSA ne profitent pas du système, ils en sont les premières victimes.

- l’hébergement d’urgence n’est pas une « ligne budgétaire » que l’on abonde ou l’on assèche au gré du vent, c’est l’ultime recours pour des hommes et des femmes qui vivent dans la rue et finissent parfois par en mourrir.

- la solidarité n’est pas une charge, elle est un devoir qu’il convient d’assumer pleinement, même dans la difficulté.

Nous le disons donc clairement, il est possible de mener des politiques de solidarité audacieuses.

A condition, toutefois, de savoir où l’on habite…

Car si le 5 février 2016 restera dans les mémoires comme une attaque sans précédent contre le système de solidarité régional, il marque aussi la limite d’un discours politique qui aura fait long feu localement et nationalement : celui des grandes coalitions censées transcender les clivages politiques et d’alliances partisanes contre nature…

On le voit bien, quand on touche à l’essentiel, et la solidarité est une question essentielle parce qu’elle implique des positionnements et des choix clairs en termes de partage des ressources et des richesses, la droite reste la droite, sans aucune ambiguïté ni aucun état d’âme.

Nous ne pouvons, en effet, que constater qu’en dépit des grands discours « réformateurs » et des stratégies « de complémentarité » mises en œuvre depuis 2014, le département du Bas-Rhin n’a visiblement pas cherché à discuter avec l’Eurométropole de Strasbourg avant de supprimer son soutien à l’hébergement d’urgence, de la même manière que les élu-e-s de droite qui siègent à la fois au Département et dans la majorité de l’EMS n’ont à notre connaissance pas fait entendre leur voix pour dénoncer ce choix scandaleux.

Nous ne saurons sans doute jamais si cette duplicité relève davantage de la schizophrénie ou du cynisme. Là n’est pas notre propos.

Nous pensons simplement, au vu de cet état d’urgence sociale que nous connaissons aujourd’hui, que lorsque la droite s’assume à droite, il est indispensable, en Alsace comme ailleurs, que la gauche s’assume à gauche

Lorsque la situation sociale se dégrade à ce point que le nombre des ayant droit au RSA ou des personnes sans abris augmente de manière plus qu’inquiétante, il y a urgence à agir.

Bien sûr, nous ne contestons pas que la situation budgétaire est difficile et que chacun (Etat, départements, communes…) doit assumer ses responsabilités et qu’il faudra trouver des solutions et dégager des compromis.

Mais nous continuons à penser qu’il est possible de répondre par l’optimisme de la volonté au pessimisme de la raison.

Nous avons conscience du travail herculéen fourni pas les services sociaux et les associations sur le territoire de l’Eurométropole. Nous voyons aussi fleurir des initiatives citoyennes là où l’intervention de la puissance publique se révèle parfois inadaptée ou défaillante. Mais nous savons aussi que ces réponses ne suffisent plus pour répondre à la hausse de la précarité et de la détresse sociale.

Devant l’urgence, et confrontés à une droite décomplexée, il temps de réaffirmer nos valeurs et nos engagements et de redire haut et fort qu’il n’est pas admissible que des hommes et des femmes puissent dormir chaque soir dans les rues de Strasbourg malgré les sommes colossales investies dans un dispositif d’hébergement d’urgence désespérément saturé.

Il est temps aussi, plutôt que de céder à la résignation ou au confort de l’incantation, de prendre nos responsabilités et de soutenir les associations et les initiatives citoyennes, voire d’expérimenter sur le territoire de Strasbourg ou de l’EMS des solutions innovantes comme les « Territoires Zéro chômeur de longue durée » proposés par ATD Quart Monde, ou de porter à notre niveau le débat sur la question du Revenu universel…

Il est temps, surtout, de nous assumer pleinement à gauche et de prendre enfin à bras le corps la question des solidarités pour répondre à l’urgence, y compris en mobilisant parfois des moyens exceptionnels pour accueillir les plus fragiles et répondre à leurs besoins.

Qu’attendons nous ?

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Mina BEZZARI – Conseillère municipale de Strasbourg

Edith PEIROTES – Conseillère municipale de Strasbourg et conseillère eurométropolitaine

Abdelkarim RAMDANE – Conseiller municipal délégué de Strasbourg et conseiller eurométropolitain.

Eric SCHULTZ – Adjoint au Maire de Strasbourg et conseiller eurométropolitain.