Interpellation de M. Eric Schultz conseiller municipal délégué :
Situation du Kafteur, théâtre d’humour

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 «J’avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie.»
Paul Nizan, Aden Arabie, 1931.

 Monsieur le Maire,

Le Théâtre du Kafteur, installé depuis une vingtaine d’années dans le quartier de la Gare à Strasbourg, se trouve actuellement dans une situation difficile.

Structure originale dans le paysage culturel local, le Kafteur a su s’imposer par la qualité des spectacles qu’il produit et l’implication bénévole des membres actifs de l’association qui délivrent un travail quasi-professionnel pour le plus grand bonheur des Strasbourgeois.

Ce théâtre a également mis un point d’honneur ces dernières années à promouvoir un modèle économique original dans la mesure où il a faiblement recours au denier public (6% en moyenne) et garantit sur ses fonds propres sa programmation.

En 20 ans, le théâtre d’humour du Kafteur a réussi à s’imposer à Strasbourg et les revues du capitaine Sprütz font désormais partie des événements attendus par le public. Les créations de la compagnie du Kafteur ont-elles aussi un beaux succès autant dans la région qu’ailleurs de manière nationale. Le travail de formation effectué dans ses ateliers est également reconnu et offre aux plus jeunes des formations appréciées. Sans oublier une programmation jeune public de grande qualité qui comble une réelle demande des écoles, des crèches et des familles.

Pourtant, et en dépit de son ancrage, de la qualité de sa programmation et de l’investissement de ses bénévoles, le Kafteur est aujourd’hui confronté à une série de difficultés essentiellement liées à son maintien dans des locaux couteux et peu adaptés (2 700 euros mensuels pour une jauge de 104 places). Cette inadéquation des locaux (privés) fragilise aujourd’hui la situation financière de l’association, obère tout développement potentiel de l’activité et laisse planer le doute sur la poursuite de certaines activités comme les ateliers théâtre, voire sur le devenir même de l’association.

Il n’est pas inutile à ce stade de rappeler que depuis 2010 le Kafteur aura cherché à anticiper cette situation pour l’éviter et travaillé à l’évolution de son projet, identifié les leviers de développement économique et artistiques ainsi que les contraintes financières liées à l’exploitation actuelle du lieu et à son exploitation future. Le Kafteur aura d’une certaine manière tout essayé pour agir au plus tôt en se donnant 3 ans pour être installé dans un nouveau projet.

Plusieurs hypothèses ont été élaborées en partenariat avec la Ville de Strasbourg. En mai 2010, un premier projet, rapidement abandonné, avait été élaboré autour du Hall des Chars. En septembre 2011, un second projet est déposé sur le site de l’ancienne brasserie de la Laiterie. La Ville engage plusieurs études de mise en conformité et de programmation de travaux dont les résultats ne sont toujours pas connus à ce jour…

Dans l’intervalle la situation financière du Kafteur n’aura eu de cesse de se dégrader. En cinq ans, le Kafteur sera passé d’un excédent de 12 000 euros à un déficit de 38 000. (+11 900 euros d’excédent pour la saison 2009/2010 ; +2 800 euros d’excédent pour la saison 2010/2011 ; +4 900 pour la saison 2011/2012 ; puis -25 000 euros de déficit pour la saison 2012/2013 ; -38 000 euros de déficit prévus sur la saison 2013/2014…).

La situation est grave. Elle interpelle.

L’année de ses vingt ans, le Kafteur se retrouve donc dans la situation qu’il cherche à éviter depuis 2010 : ses fonds propres ne sont plus suffisants pour soutenir la saison en cours ni pour se projeter dans la saison 2014/2015. Cela aurait pu être évité si la Ville de Strasbourg avait saisi plus tôt les tenants et les aboutissants de ces évolutions et permis de trouver des solutions ne seraient-ce que transitoires pour assurer la pérennité du projet du Kafteur.

Aujourd’hui nous sommes face à un double problème : non seulement le Kafteur n’a plus l’assise financière suffisante pour impulser un nouveau projet (alors qu’il l’avait ces dernière années), mais il se retrouve également sans aucune visibilité quant à la nature des locaux qu’il pourrait occuper, ce qui rend difficile toute projection dans un avenir proche, y compris en termes de programmation.

Une telle situation ne pouvant durer davantage au risque d’hypothéquer l’existence même de cette association, je voudrais vous demander, Monsieur le Maire, de préciser quelles sont les intentions de la Ville pour aider et soutenir le Kafteur dans les difficultés qu’il traverse actuellement, et connaitre l’état d’avancement des réflexions engagées sur les sites du Hall des Chars et de la Laiterie ainsi que la nature des engagements que nous pourrions prendre pour assurer la pérennité des activités du Kafteur.

Monsieur le Maire, je vous remercie