« Monsieur le Président de la République,

Vous allez vous rendre en Turquie pour une visite d’Etat à une date qui correspond presque jour pour jour au premier anniversaire de la condamnation de Pinar Selek.

Le 24 janvier 2013 nous étions présent-e-s au procès de Pinar Selek devant la 12ème chambre de la Cour pénale d’Istanbul. Nous sommes parti-e-s avec une délégation française composée d’une trentaine de représentant-e-s de différentes organisations associatives et syndicales, de groupes politiques ou d’individus et nous avons retrouvé d’autres délégations venues d’Allemagne, de Belgique, d’Italie, de Suisse.

Nous avons assisté avec horreur à une parodie de procès.

Nous avons vu ses avocat-e-s de tous âges défendre sa cause et à travers elle la cause du droit. Nous avons vu la morgue du procureur et des juges, dont certains nommés pour la circonstance, inattentifs et méprisants. Nous avons entendu prononcer le jugement de réclusion criminelle à perpétuité, alors que la même cour l’avait à trois reprises acquittée en 2006, en 2008 et en 2011.

Suite à ce jugement la Turquie a demandé l’extradition de Pinar Selek.

Pour cette raison elle a sollicité et obtenu la protection de la convention de Genève qui lui donne le statut de réfugié. Elle est donc protégée par le droit.

La demande récente d’extradition formulée par un gouvernement en proie à de graves problèmes de corruption, de confiance et de rivalités internes au sein de la mouvance dirigeante au pouvoir en Turquie, est sans objet. Pinar Selek qui, rappelons-le a été torturée en prison et en garde des séquelles, subit ce harcèlement judiciaire depuis plus de 16 ans. Mais elle n’est pas seule, en particulier grâce à la chaîne de solidarité qui la soutient sans relâche en France, en Turquie et dans d’autres pays européens. Ses avocats ont fait appel auprès de la Cour de Cassation d’Ankara au nom du droit face à un appareil judiciaire qui ne l’a pas respecté et qui cautionne l’incarcération arbitraire de nombreux journalistes et intellectuels.

L’exigence que nous formulons, avec ses avocat-e-s, est qu’une cour de Justice indépendante confirme définitivement les acquittements déjà prononcés. Alors, Pinar Selek pourra de nouveau circuler et poursuivre dans la sérénité ses travaux de recherche féconds et d’autant plus intéressants qu’ils sont dérangeants pour l’ordre établi.

C’est cette exigence que nous souhaiterions que vous formuliez lors de votre prochaine visite d’Etat en Turquie les 27 et 28 janvier. Les enjeux économiques d’un tel déplacement ne doivent pas faire oublier l’exigence de la démocratie et du droit, fondements non négociables de relations de confiance en Europe ».

Les membres de la délégation : Songül Celik (Front de gauche), Myriam Chopin (Présidente de Strasbourg Méditerranée), Myriam Conversin, Christelle Demuth, Jean-Pierre Djukic (Directeur de recherche, élu au CS de l’UdS), Kathia Eich, Pierre Greib (Cimade et Le Planning Familial), Francis Kern (Vice-président de l’UdS), Jimmy Losfeld (élu étudiant au CEVU), Jean Malifaud (SNESUP-FSU), Marie-Claude Mayer (ATTAC), Isabelle Muller (NPA), Christine Panzer (Présidente de l’ASTU), Abdelkarim Ramdane (Les jeunes écologistes), Anne-Pernelle Richardot (Adjointe au Maire de la Ville de Strasbourg,) Frédérique Riedlin (Front de gauche), Sylvianne Rinck (ATTAC), Eric Schultz (Conseiller municipal de Strasbourg, coprésident du groupe EELV), Irène Tabellion (Présidente de la Lune), Amandine Wintzer (élue étudiante au CEVU), Camille Bal (Avocate aux Barreaux de Marseille et de Luxembourg),

Les associations suivantes : l’Association française de sociologie (AFS), l’Association des sociologues de l’enseignement supérieur, l’Association Champ libre pour les sciences sociales.