Mesdames et Messieurs, Cher-es ami-es, Cher-es collègues,

Au nom de Monsieur Roland Ries, Maire de Strasbourg, qui aurait aimé pouvoir être des nôtres et que je représente ce soir, j’ai le plaisir de vous accueillir, sur le plateau du Centre Administratif en présence de mes collègues, Edith Peirotes, Abdelkarim Ramdane, Françoise Werckmann, Marie-Dominique Dreyssé et Camille Gangloff.

Nous sommes ici rassemblés pour le vernissage de l’exposition de peintures et de photos de l’association Grains de sable, antenne strasbourgeoise du Collectif des morts de la rue.

« Parce que vivre et mourir à la rue n’est pas une fatalité », et pour que jamais cela ne le devienne, cette exposition vient nous rappeler, avec beaucoup de justesse et de tendresse, que celles et ceux qui vivent et meurent aujourd’hui dans ou de la rue sont d’abord et avant tout nos sœurs et nos frères en humanité.

Ce rappel était, je le crains, nécessaire…

Car si la solidarité existe, et si elle est bien réelle, comme en témoignent le travail de la Ville, celui des associations ou les initiatives citoyennes qui se multiplient ces derniers temps, nous savons aussi, toutes et tous, que tant qu’il y aura des personnes à la rue nous devrons continuer à nous mobiliser pour que personne ne finisse par accepter l’inacceptable, et que personne, jamais, ne puisse céder à la résignation ou à l’indifférence.

Résignation, indifférence…

Ces mots, ces attitudes, et vous êtes là pour en témoigner, vous dont certains en ont souffert ou en souffrent encore, peuvent être aussi destructeurs que le sentiment d’abandon qu’éprouvent les personnes à la rue, ces strasbourgeois-es dont nous avons tou-te-s la responsabilité et avec lesquel-les nous avons la ville en partage…

Trop souvent encore en effet, que ce soit sur nos places, aux coins de nos rues, au vu et au su de tou-tes ou à l’abri des regards, les passants ordinaires, que nous sommes aussi, tour à tour attentifs et conscients de la situation, mais aussi parfois embarrassés et gênés, pressent le pas, détournent le regard et s’efforcent d’effacer de leur mémoire ces visages que nous croisons sur notre chemin et qui habitent, je n’ose dire qui hantent, notre quotidien…

Ces visages, ces figures que vous avez choisi de rassembler dans cette exposition, et que nous découvrons ce soir, sont ceux des morts de la rue, de nos rues, ici, à Strasbourg… Nous les connaissons, nous les avons peut-être croisés….

Ils ont pour nom Michal, Daniel, Eric, Stanislav, Raymond, Martin, Marco, Jean-Luc, Patrick, Jérome, Antony, Zoltan ou Monsieur X…

Il est important de les voir, de les revoir, de les nommer, pour que l’anonymat de la mort ne succède pas à l’indifférence du vivant…

Il est important de les voir, de les nommer, parce que, selon vos mots, « en honorant ces morts, nous agissons aussi pour les vivants »…

Il n’est pas inutile de le rappeler…

L’association Grains de sable, antenne locale du Collectif des Morts de la rue, qui s’est constituée il y a près d’un an maintenant à Strasbourg, a souhaité associer la ville de Strasbourg au travail important qu’elle mène autour du deuil et du souvenir des personnes décédées dans ou de la rue.

Après l’organisation d’un dépôt d’une gerbe officielle organisé dans le cadre des cérémonies du 1er Novembre, vous avez souhaité aller plus loin en organisant cette exposition au Centre administratif pour rendre hommage et rendre corps aux disparu-es.

Nous avons décidé de vous soutenir dans votre démarche en installant ces portraits sur le plateau d’accueil, lieu très fréquenté par de nombreux-ses strasbourgeois-ses afin que chacun-e puisse dans les jours qui viennent se saisir avec humanité de cette réalité et se rappeler qu’il est de notre responsabilité à toutes et tous d’agir pour remédier à cette situation.

Avant de vous céder la parole, je voudrais donc vous dire encore une fois, au nom du Maire de Strasbourg, que nous sommes heureux de vous, de les, accueillir ici et que nous restons pleinement engagés, ma collègue Marie-Dominique Dreyssé vous en dira quelques mots tout à l’heure, à vos côtés pour que ces commémorations ne deviennent pas un triste rituel annuel mais pour qu’elles soient porteuses d’espérances et de lendemains moins douloureux pour toutes et tous.

Mesdames, Messieurs, Cher-es ami-es, je vous remercie…

Strasbourg, le 28 octobre 2015