Le projet de fusion de la région et des deux départements alsaciens a été rejeté dimanche 7 avril par les électeurs. De manière catégorique dans le Haut-Rhin, par défaut de mobilisation dans le Bas-Rhin.

Dont acte, c’est la loi de la démocratie…

Tenants du oui, comme partisans du non expriment depuis leurs avis doctes éclairés sur ces résultats, mais au delà des postures et des analyses convenues, quoi qu’on en dise, il n’y aura pas de gagnants…

C’est bien l’abstention massive de nos concitoyens qui marque sans conteste et en profondeur ce scrutin.

C’est ce qui doit nous interpeller…

L’ignorer ou tenter de le dévoyer, en plein milieu de la crise morale et politique que nous traversons, aujourd’hui serait à tout le moins une erreur, plus certainement une faute.

Nul ne devrait se réjouir ou se dédouaner d’un échec dû à une abstention aussi massive.

Le climat délétère et la crise de confiance dans laquelle nous nous sommes installés ces derniers jours n’y est certainement pas étranger. Comme n’y sont pas étrangères non plus les souffrances et les inquiétudes de nos concitoyens liées à la crise économique et sociale que nous traversons et pour lesquelles une réponse institutionnelle ne saurait en aucun cas faire figure de solution.

Les raisons de l’échec sont probablement nombreuses et mêlées. Pour ma part, j’en retiendrais trois sur lesquelles il nous revient de travailler de toute urgence :

  • Une préparation insuffisante et opaque du processus en amont. La faiblesse essentielle est de ne pas avoir cherché à associer les citoyens eux mêmes à l’élaboration du projet. La démocratie participative et la participation des citoyens à l’élaboration de la décision publique est une des clés de l’avenir.
  • Un fossé grandissant entre les citoyens et les politiques. Qui le niera, il n’y a pas eu de travail de terrain de démarche de proximité permettant d’expliquer et de faire partager le projet, ouvrant ainsi la voie aux expressions les plus démagogiques et les plus caricaturales du débat public. Le politique doit faire preuve de plus d’humilité et redevenir pédagogue.
  • Une crise de confiance en la politique de la part de citoyens déjà durement frappés par la crise. Avec ce vote, la crise démocratique se révèle au grand jour et s’ajoute au triste cortège des crises, économique, sociale, environnementale que nous connaissons déjà et au sujet desquelles nos concitoyens attendent (apparemment en vain) des réponses et des solutions concrètes…

Oui, il appartient aux citoyens comme aux politiques alsaciens, à toutes celles et tous ceux qui ont la passion de l’intérêt général et de l’utopie démocratique étroitement chevillée au corps de regarder d’urgence la vérité en face et d’agir en totale responsabilité.

Le 7 avril, les citoyens d’Alsace, lassés de postures politiciennes et de jeux partisans obsolètes, ont bel et bien renvoyé les politiques de droite comme de gauche à leurs chères études, si tant est que droite et gauche veulent encore dire quelque chose dans ce contexte… car c’est bien une crise démocratique qui vient désormais s’ajouter aux autres volets de la crise systémique dans laquelle nous sommes engagés…

L’avertissement est sévère, mais peut être salutaire…

Il nous faut changer rapidement et en profondeur nos manières de voir, de faire et d’agir, si nous ne voulons pas être collectivement sanctionnés plus sévèrement encore dans l’avenir et nous enfoncer dans l’obscurité.

Il nous faut travailler d’arrache-pied à réenchanter la politique et à lui redonner du sens pour la rendre aux citoyens de ce pays et renouer enfin avec l’idéal démocratique.

Les résultats de ce referendum auront démontré si il en était besoin l’urgence qu’il y a à refaire de la politique, enfin, ensemble, vraiment et autrement !

 

Eric Schultz

Conseiller municipal et communautaire

Co-président du Groupe des Elu-e-s écologistes et citoyens de Strasbourg