La réforme du stationnement payant signe le coup d’arrêt des politiques d’égalité urbaine engagées à Strasbourg depuis 1989. Nous appelons les élu.es écologistes à y renoncer.

En effet, le texte soumis à l’approbation du Conseil municipal du 20 septembre, sous couvert de « partage de l’espace public » et d’action « pour le climat », fait bien peu de cas de la mixité sociale des populations qui habitent notre ville.

Tout n’est pas parfait, certes, et il y a certainement des choses à améliorer. Mais nous ne pouvons pas souscrire à une approche idéologique productrice d’inégalités qui mènerait à la mise en place d’une ville à deux vitesses : une ville dont les plus fragiles (physiquement, économiquement ou socialement) seraient exclus alors qu’ils en font pleinement partie et qu’ils contribuent à sa diversité, à sa richesse et à son (attr)activité.

Faut-il rappeler qu’on ne construit pas une ville uniquement pour des catégories de population actives et en bonne santé, mais pour l’ensemble de ses habitants ? Pour nous, comme pour de nombreux strasbourgeois, penser la ville de demain, c’est penser la ville pour tous et veiller à garantir à chacun son droit à la ville, à sa ville, celle dans laquelle il grandit, vit, travaille ou passe ne serait-ce qu’un instant…

A l’évidence, la réforme envisagée ne permettra pas d’atteindre cet objectif. En privilégiant « l’usager » à l’habitant et la « convivialité » à l’habitat, la municipalité s’engage dans un processus de gentrification du grand centre-ville.

Après la bétonisation du Neudorf et la marche forcée vers la ZFE, la réforme du stationnement payant vient à son tour renforcer les inégalités spatiales, résidentielles, économiques, sociales, de santé, d’accessibilité, générationnelles et/ou temporelles que subissent les strasbourgeois.

Des inégalités dont les effets inévitables sont de repousser toujours un peu plus les milieux populaires (mais pas seulement) du centre vers la périphérie.

Nous pouvons rêver d’un monde sans voitures et où les « mobilités actives » seraient reines, mais quiconque pratique la ville au quotidien sait que  :

- nous ne sommes pas tous égaux physiquement devant la marche ou le vélo et que les transports en commun ne sont pas accessibles à toutes et à tous

- nos lieux de travail, d’études ou d’activité ne sont pas toujours accessibles à pied, en transports en commun ou à vélo

- nos temps de vie ou d’activité ne sont pas forcément adaptés à ces usages

- notre organisation personnelle ou familiale nous contraint parfois à avoir besoin d’un véhicule à proximité de notre logement et il n’est pas toujours possible de rajouter du temps ou de la distance entre notre domicile et notre véhicule.

A ne pas saisir la diversité des usages qui font une ville, on finit par priver ses habitants de l’usage de leur ville.

A-t-on mesuré l’impact des mesures annoncées pour les personnes âgées, les familles monoparentales, les personnes à la santé fragile, à la mobilité réduite ou en situation de handicap (passager ou permanent) ?

A-t-on mesuré l’impact financier d’une augmentation « conséquente » du stationnement résident sur les catégories populaires résidant dans les quartiers qui seront impactés ?

A-t-on mesuré l’impact temporel d’un éloignement plus important de son véhicule sur l’organisation sociale et familiale des ménages concernés ?

A l’évidence ce n’est pas le cas…

Or, à multiplier les contraintes (physiques ou financières), on finit immanquablement par pousser vers la sortie (ou les périphéries) ceux qui n’y peuvent rien et qui n’en peuvent plus…

Ce n’est pas acceptable…

Habitants de différents quartiers de Strasbourg, citoyens engagés pour notre ville, militants du mieux vivre ensemble, nous refusons des orientations qui pénalisent les résidents et ne prennent pas en compte les différents usages que nous avons de notre ville.

Nous aspirons à une ville apaisée et accueillante dont les espaces publics seraient accessibles à tous et toutes. Mais nous savons aussi qu’une ville est plurielle et que la mixité sociale est une richesse et un atout.

C’est elle qui nous préserve tout autant de la ghettoïsation des périphéries que de la muséification du centre-ville.

L’équilibre est fragile, il nous appartient à tous de le préserver pour faire ville ensemble.

C’est pourquoi nous invitons la municipalité à revoir sa copie, ou à défaut à la soumettre à une votation citoyenne.

Signataires : Delphine Bernard (Neudorf), Mathieu Cahn (Centre-Ville), Elisabeth Eschenlohr (Centre-Ville), Aurélie Iund (Tribunal), Elisabeth Ramel (Neudorf), Jean-Philipppe Restoueix (Krutenau), Eric Schultz (Krutenau), Etienne Westphal (Cronenbourg)