Conseil de Strasbourg Eurométropole du 23 avril 2015
Points n°3 & 4 : fourniture de chaleur d’une centrale de cogénération biomasse dans le cadre de l’appel à projets pour la réalisation d’installation de production d’électricité pat biomasse.

 

 

Monsieur le Président, Cher-es collègues,

Les délibérations qui nous sont proposées aujourd’hui traitent du raccordement des réseaux de chaleur de l’Esplanade et de l’Elsau à la future centrale de cogénération biomasse du Port du Rhin.

C’est un dossier sensible et important qui aura fait couler beaucoup d’encre par le passé, et si mon intention n’est pas ici de rouvrir le dossier Dalkia, je vous avouerais malgré tout que certaines interrogations demeurent quant à ce projet.

Avant toute chose, je voudrais rappeler ici que les écologistes considèrent l’engagement de notre collectivité dans la transition énergétique comme un enjeu capital pour notre avenir comme pour celui de la planète

Nous sommes par ailleurs convaincus que les collectivités territoriales ont un rôle essentiel dans sa mise en œuvre comme dans la prise de conscience et la mobilisation de nos concitoyens contre le réchauffement climatique et ses effets irréversibles sur notre environnement et nos modes de vie.

J’insiste sur ce point, la mobilisation citoyenne, car si il est indispensable que nous fassions des choix nous permettant de sortir d’un modèle énergétique reposant sur l’exploitation des énergies fossiles, il l’est tout autant de faire partager ces choix par le plus grand nombre de manière à ce que chacun puisse se saisir de la question énergétique au quotidien aussi facilement que de celle des déplacements doux ou d’une alimentation saine et de proximité.

Pour en revenir aux délibérations qui nous sont soumises, nous ne pouvons donc que nous féliciter de l’abandon de la cogénération gaz pour le recours à la biomasse.

Ceci étant, je souhaiterais malgré tout saisir cette occasion pour attirer l’attention du Conseil sur trois points de vigilance qui me paraissent extrêmement importants dans l’appréhension de ce dossier comme dans la mise en œuvre de notre stratégie énergétique.

Le premier de ces points de vigilance est que le recours à la biomasse comme à d’autres formes d’énergies renouvelables, ne doit en aucun cas nous faire oublier que le premier objectif de la transition énergétique reste d’abord et avant celui tout la sobriété, c’est-à-dire la baisse de nos consommations et de nos besoins en énergie sur le territoire de l’Eurométropole.

Sobriété, Efficacité, Renouvelables… Le scénario Negawatt, auquel nous sommes résolument attachés, détermine de manière assez précise les trois séquences indispensables à une transition énergétique réussie et insiste sur le fait que le recours aux énergies renouvelables  ne saurait être pertinent que lorsque les deux premières conditions sont remplies… Nous devons en être conscients…

Les démarches engagées en matière d’isolation thermique sur le quartier de l’Esplanade vont bien évidemment dans ce sens, il convient de le souligner. Pour autant, pour ce projet comme pour d’autres, il pourrait ne pas être inutile de disposer de données précises sur les consommations en énergie de nos quartiers de manière à pouvoir quantifier et planifier et suivre les évolutions de nos objectifs en matière de sobriété énergétique pour les années à venir…

Ce serait un outil précieux susceptible d’intéresser et de mobiliser nos concitoyens mais aussi d’éclairer nos choix, temporaires ou durables en matière d’énergies alternatives

Le second point de vigilance sur lequel je souhaitais attirer l’attention du conseil est le recours à la biomasse à proprement parler. En effet, nos délibérations évoquent une consommation annuelle de 110 000 tonnes de bois par an, produites dans un rayon de 100 km et la garantie d’enlèvement de chaleur par la collectivité auprès de la centrale sur une durée de 20 ans.

C’est une production considérable, inscrite dans la durée, qui nous interroge à plusieurs titres :
–    sur la disponibilité de la ressource tout d’abord
–    mais aussi sur l’impact de son exploitation sur les forets vosgiennes, dont rappelons le un tiers est sous protection environnementale
–    et bien évidemment sur l’impact de son acheminement vers Strasbourg

Il n’est pas inutile de rappeler, je pense, que la multiplication des projets ayant recours à la biomasse sur le territoire alsacien laisse planer un doute persistant chez les professionnels comme chez les défenseurs de l’environnement quant à notre capacité à produire à terme suffisamment de bois d’origine locale sans porter atteinte à la qualité de nos forets (voire à l’économie de nos marchés).

Comme d’autres sources d’énergie, le bois est en effet une ressource limitée, dont l’exploitation a un impact sur l’environnement et la biodiversité, et à ma connaissance nous ne disposons pas à ce jour d’une connaissance fine de l’ensemble des projets biomasse prévus ou en activité au niveau du Rhin supérieur, ni de leurs besoins.

Dans le même ordre d’idées, et ce sera mon troisième point de vigilance, il est important de rappeler que le recours à la biomasse a une incidence sur la qualité de l’air au niveau de l’Eurométropole. Nous savons en effet, et c’est l’objet du projet Biocombust auquel participe ma collègue Françoise Schaetzel pour l’Eurométrople, que 30% des particules PM10 et 50% des particules HAP, qui sont des cancérigènes avérés, proviennent de la biocombustion, même si nous savons que ces émissions proviennent plutôt des petites chaudières que de chadières industrielles mieux contrôlées.

Aussi, dans le cadre de la mise en œuvre de ce projet et dans son suivi je souhaiterais que l’Eurométropole fasse preuve de la plus grande vigilance quant à l’évolution des quantités de bois consommées par la centrale du Port du Rhin ainsi qu’à leur origine et à la qualité de la gestion forestière censée accompagner l’exécution de ce contrat.

A près de sept mois de l’ouverture du sommet de Paris sur le climat, ces deux délibérations nous rappellent donc que si la transition énergétique est une voie ambitieuse, elle est aussi une voie exigeante et que nous devons en conscience mesurer les conséquences de nos décisions sur notre environnement sans jamais oublier que la seule énergie propre est celle qu’on ne produit pas.